Peindre est mon plus bel espace de liberté

 

"Toujours ce besoin de chercher de la pensée dans la peinture !... Moi, je me contente de jouir ! ", Auguste Renoir.

         

A la lisière du dit, du non dit et de l’autrement dit, peindre est une autre manière d'écrire... en s'affranchissant des mots. J'ai toujours peint, un peu, beaucoup -ou moins- mais passionnément, j'ai toujours peint, alternant des périodes de  gestation, de maturation et d'autres d'urgences, denses et fécondes. J'ai également toujours scruté de près les savoir-faire des maîtres dans les expositions et les musées. La peinture fait partie de moi. 

 

"La créativité, c'est l'intelligence qui s'amuse", titrait pleine page la revue artistique Mash Magazine #1  de novembre 2025!  Et bien... Je fais mienne cette définition car jouer est en effet une activité on ne peut plus sérieuse, vitale et nécessaire ! Tous les ressorts techniques m'attirent, m'interpellent et m'émerveillent...  Je n'ai pas de message particulier à faire passer. Je n'ai aucune certitude de faire "comme il faut", en répondant à des codes académiquement établis. Je ne recherche pas l'exactitude du trait... mais de l'équilibre, oui, le mien pour commencer, de la lumière et de l'harmonie.

 

Encres

 

          

Dans la peinture extrême-orientale, la spontanéité du geste dynamite la prétention à vouloir représenter. Il s'agit de faire d'abord silence en soi avant de s'adresser au papier. Selon la technique du  破墨 pòmò, le voyage s'amorce en quelques éclaboussures. La rencontre magique de l'encre et du papier s'opère... différemment selon qu'il est humide ou non. Les méandres s'invitent sur le support comme autant de surprises à observer, à écouter patiemment au fond de soi pour en savourer les échos. Au-delà du rationnel, savoir "écouter la musique du coeur". 

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Je suis française et n'ai pas d'origine asiatique hormis celle, fantasmagorique, que je me suis forgée. Je me sens, pourtant, aimantée par ce continent -il y a longtemps si je remonte au temps de l'enfance. Depuis, je l'ai beaucoup sillonné. Ses paysages m'apaisent. Son impressionnante diversité de systèmes d'écriture me fascine. Ecriture et peinture y sont quasi synonymes.

 

Mais le conte d'Andersen, "Le Rossignol et l'Empereur de Chine", m'a bien enseigné que nul ne peut s'approprier le talent d'autrui et je ne prétends nullement maîtriser l'art millénaire extrême oriental. En revanche, mon approche en peinture est inspirée de la posture des peintres philosophes chinois qui prônent l'accueil des taches, des ruptures et des accidents. Ils enseignent que ce sont autant de reflets de l'inéluctable "impermanence" des choses de la vie. "Intuition de l'instant », je m'autorise le plaisir de composer avec ou non, au fil de mon inspiration. 

 

Sans véritable dessein initial, mon intention se dessine donc tout au long de l'interaction avec ce qu'écrivent l'eau et les éléments. Je cesse de peindre dès lors que la poésie silencieuse se révèle et me ravit. Et, comme "Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont mais tels que nous sommes" (Anaïs Nin), je laisse ensuite à chacun la liberté de lire et s'approprier, à sa manière, mes propres voyages oniriques. Sans titre, chaque peinture reste une paréidolie.

Huile et acrylique

 

Balbutiements.

Après m'être initiée à la peinture acrylique sur bois, j'ai récemment rejoint l'atelier Martenot pour approcher des médiums différents.  Depuis peu, je m'initie donc à l'huile et à l'acrylique.  Pinceaux, couteau, spatule, morceau de carte bancaire avec laquelle je racle, j'étale et je griffe et superpose...  Je m'amuse et m'émerveille sans rien m'interdire. Je découvre avec joie de nouvelles lois qu'imposent ces matériaux. 

 

 

Aquarelles et mixtes

 

Tout m'amuse vous dis-je !... Je ne m'interdis rien comme support ou comme outil. Je dispose d'un éventail fabuleux de pinceaux à poils dont beaucoup ont été achetés lors de voyages en Asie. Poils de chèvre, poils de lièvre, de loup, de yack, de cheval, de martre, d'écureuils et j'en oublie ... Leurs formes et leur matière varient, leurs rendus aussi. Les surprises se bousculent en utilisant tantôt un large plumeau à poussières en plumes d’autruche tantôt un pinceau doté de plumes de coq ou bien encore un pinceau en laine de mouton.

 

Quelquefois, contemplative et nostalgique... Je feuillette en silence mes voyages. Les souvenirs remontent sans frontières de toute l'Asie à l'Ethiopie, de la Laponie suédoise au sud Chili, de l'Inde du sud au Rajasthan... Des émotions vives et des images de paysages affluent de partout mais d'Asie surtout... Le temps révolu remonte des profondeurs. Je ne décris rien... Il me suffit d'agiter le passé et les ondes concentriques déforment le regard comme des cailloux jetés dans un lac. "Raizonnances"... Les vaguelettes viennent se mêler à l’éclat du jour. Je suis à la fois là et ailleurs. 

 

Il arrive, parfois, que la musique intérieure soit nostalgique ou bien qu'elle tempête entre vents contraires et vents violents... Le pinceau plonge vers des abysses maritimes habités d'insondables forêts de kelpt et ou de prairies de posidonie. Ces jours-là, la palette m'embarque dans un univers flottant et brouillon... bouillonnant parfois. Encres et couleurs m'aident à retrouver des issues de lumière.  La rive est atteinte lorsque je me sens apaisée en regardant les ineffables accords entre mon humeur  et ce que j'ai écrit en silence. 

Pastels

 

Regarder avec gourmandise et toucher de l'oeil le velouté du nuancier... ouvrir un coffret de craies est déjà, en soi, une fête! Tant de verts subtils, tant de bleus délicats, tant de jaunes lumineux et de rouges en colère... Personne ne m'a initiée à m'en servir. Je pratique peu cette technique et pourtant elle me réjouit grandement. La main est en lien direct avec la matière. A mi-chemin entre la peinture et le dessin, je l'apparente au travail très physique et sensuel de la terre. On tient un petit bâton de craie au grain doux, tendre et velouté et j'éprouve une joie enfantine à ce contact, un plaisir analogue à celui qu'offre le modelage. 

 

Les plus grands maîtres ont savamment travaillé le pastel de manière très subtile, délicate et sophistiquée. J’associe pourtant cette pratique à quelque chose d’une immédiateté préhistorique… aux origines de la peinture pariétale. La main, les doigts et le papier s'approprient directement une surface abrupte. Pas d'intermédiaire comme avec un pinceau ou un couteau à diriger. Tracer, dessiner, écraser, Hacher... S'autoriser des gestes secs et vifs pour obtenir des effets rugueux et râpeux... Ou bien superposer des couleurs, les estomper du bout des doigts, les effleurer en caressant le papier… Le geste même suffit à me faire entrer en évocation, rêverie et "raizonnances" ...